Premier congrès des Ecrivains et Artistes Noirs
Paris - Septembre1956
 


Présente...

Paris – Rome – Dakar 1956-1966

La décennie de la libération
(titre provisoire)

ENTRACTE PRODUCTION
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Un film de Bob Swaim
écrit par Bob Swaim, Sebastian Danchin et Daniel Maximin
sur une idée de Daniel Maximin

  Paris, 19 septembre 1956…

Tout au long d’un été chaotique, on a vu la crise se profiler sur les rives du canal de Suez, la violence monter d’un cran en Algérie et le mouvement des droits civiques des Noirs prendre son envol aux États-Unis, quelques mois seulement après l’irruption du Tiers Monde sur la scène internationale lors de la Conférence de Bandung, et à la veille de l’entrée des chars soviétiques à Budapest…

C’est dans ce contexte chargé qu’une poignée d’intellectuels et d’artistes originaires du monde noir se sont donné rendez-vous à la Sorbonne. Le choix de l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses
universités de la planète n’est pas anodin. N’est-ce pas là que la veuve du président américain Franklin Roosevelt a présenté la Déclaration Universelle des
Droits de l’Homme huit années plus tôt ? De façon plus symbolique encore, les délégués de ce Premier Congrès des Écrivains et Artistes Noirs ont choisi de se réunir dans l’amphithéâtre qui porte le nom de l’un des penseurs majeurs des Lumières, René Descartes.


Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, le vénérable Dr. Price-Mars, Richard Wright et James Baldwin, Hampaté Bâ et George Lamming, Mercer Cook et James Ivy, Frantz Fanon, Edouard Glissant et René Depestre, Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Wad et Josephine Baker, mais aussi Claude Levy-Strauss, Jean-Paul Sartre ou Pablo Picasso…
 
 
À l’initiative d’Alioune Diop, fondateur de la maison d’édition Présence Africaine, une soixantaine de délégués originaires de vingt-quatre pays différents
— Haïti et Cuba, les Antilles françaises et les Caraïbes britanniques, l’Afrique du Sud, les colonies anglaises et françaises d’Afrique, Madagascar, les États-Unis et le Brésil —ont rallié Paris spécialement
pour ce Congrès. Officiellement, tous se retrouvent autour d’un objectif commun : dresser “l’inventaire” de la culture noire dans sa globalité et sa diversité.

L’issue de ces rencontres sera tout autre alors que des oppositions internes, apparues lors des débats, détournent les participants de leur but initial. Les soirées du Congrès ne sont guère moins animées, les conflits idéologiques savamment alimentés par le CIA et le KGB se chargeant de nourrir les discussions acharnées qui se poursuivent tard dans la nuit dans les cafés du Quartier Latin et les clubs de jazz de Saint-Germain-des- Prés.

Plusieurs décennies avant la vulgarisation du mot “globalisation”, alors que nombre de participants ont consenti d’importants sacrifices personnels et financiers pour ne pas manquer ce rendez-vous historique, le Congrès est l’occasion de se découvrir
réciproquement. Cette confrontation brutale avec les réalités de la diversité du monde noir se révèle à la fois douloureuse et exaltante.

Tandis que le rêve naïf d’une fraternité noire universelle perd brusquement de sa
force à mesure que se dessinent les clivages et que sonnent les discordances
entre Africains, Antillais et Afro-Américains, Anglophones et Francophones,
sympathisants communistes et défenseurs du capitalisme, panafricanistes, partisans de l’indépendance et adeptes du status quo, Chrétiens et Musulmans, dans des domaines aussi divers que la race et le racisme, le colonialisme, la conscience culturelle et l’ethnocentrisme, les délégués se voient contraints d’imaginer ensemble un nouvel avenir pour leurs relations.

Dans le sillage de ce congrès fondateur et de celui qui se déroule à Rome trois ans plus tard, de nombreux citoyens en Afrique et dans la Caraïbe vont décider de rompre les liens qui les retenaient aux anciens empires coloniaux, tandis que d’autres optent pour un processus d’intégration. Dans un cas comme dans l’autre, l’ombre de ces deux congrès va planer longtemps sur le devenir politique du monde noir

 
  L’impact des discussions enflammées de Paris et de Rome sera d’autant plus frappant que de nombreux acteurs des deux congrès se lancent dans l’arène
politique, lorsqu’ils ne deviennent pas ministres ou chef d’état, pour certains d’entre eux.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, loin de se contenter d’imaginer le futur, des artistes et des écrivains auront ainsi modifié le cours de l’histoire en prenant en mains leurs propres destinées politiques.
En 1966, une page s’est tournée à travers le monde noir. Africains, Antillais et Afro-Américains se connaissent et se comprennent désormais suffisamment pour accepter le fait que leur unité dépend davantage de l’acceptation humaniste de leurs différences que dans l’unicité artificielle et l’ethnicité raciste héritées de l’esclavage et de la colonisation.  
 


Dix ans après le Congrès de Paris, cette prise de
conscience est dignement célébrée lors du Premier Festival Mondial des Arts Nègres organisé à Dakar.

À cette occasion, le jazz de Duke Ellington confronte pour la première fois ses couleurs à celles des musiques d’Afrique de l’Ouest, le monde noir expose la mosaïque fertile de ses danses, de sa littérature et de ses arts, tandis que le Président sénégalais
Léopold Sédar Senghor et le ministre français de la Culture, André Malraux, prêchent la tolérance et le respect mutuel au nom des hommes de tous les
horizons et de toutes les convictions dans leurs discours respectifs.


Paris 1956 – Rome 1959 – Dakar 1966…
Ce sont ces trois événements essentiels et largement méconnus de l’histoire du XXè siècle que le cinéaste Bob Swaim choisit de raconter à travers ce film constitué de documents d’archives inédits, ponctué par les témoignages d’historiens et d’acteurs de ces rencontres capitales.